Comité stéphanois

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26 octobre 2013

La Résistance au Christianisme

La résistance au christianisme (1993)La Résistance au Christianisme, Les hérésies des origines au XVIIIe siècle, de Raoul Vaneigem, 1993.

Extrait n°1 : Une rumeur veut que ces nicolaïtes, du nom de l'évêque Nicolas gouvernant leur communauté, aient fait l'objet de polémiques dont le texte grec de l'Apocalypse attribuée à Jean porte témoignage. Si l'on se souvient que le même nom de Jean revêt un évangile originellement tiré d'un midrash naassène, il n'est pas improbable qu'à l'original juif de l'Apocalypse se soit ajouté, à la din du Ier siècle - alors que s'affrontent à Éphèse, à Antioche, à Pergame, à Alexandrie, à Corinthe, des philosophes judéo-chrétiens comme Cérinthe, Satornil et les partisans de Saül/Paul -, un programme de réunification esséno-chrétienne excluant le vieux naasénisme. Le texte de l'Apocalypse attaque nommément (2, 6 et 15-16) les nicolaïtes influents à Éphèse et à Pergame, où ils semblent s'efforcer de concilier naasénisme et essénisme.

Extrait n°2 : Écrite vers quinze ou seize ans, l'oeuvre de celui que Jacques Lacarrière qualifie de Rimbaud gnostique relie l'égalité sociale au libre exercice des désirs. Sa critique de la propriété outrepasse la conception rousseauiste, et il faut attendre Fourier et la radicalité de l'anarchie individuelle, avec son principe : "Ne nous groupons que par affinités", pour que ressurgisse en écho le génie précoce d'Épiphane de Céphalonie.

Extrait n°3 : Le mouvement cathare, tel qu'il se propage en Italie du Nord, en Provence, dans la région rhénane, en Flandre et en Champagne, procède, à l'origine, des missions bogomiles. Les chasseurs d'hérétiques ne s'y trompent pas qui les appellent "bougres", c'est-à-dire Bulgares (la Chanson de la croisade, v. 18, nomme les albigeois "cels de Bulgaria"). Leur désignation par le terme "cathare", du grec catharos, "pur", donnera l'allemand Ketzer, "hérétique". La Flandre les connaît au début sous le nom de "piffles" et la Gaule les appelle "tisserands", par référence à une corporation prompte à s'insurger contre les tyrannies et à répandre les idées de liberté.

Extrait n°4 : Poussé par la famine, Dolcino provoquant l'ennemi à la bataille se jeta dans un affrontement hasardeux dont il sortit vainqueur, capturant des prisonniers qu'il échangea contre des vivres. Alors, Clément V, multipliant les bulles de croisade, les promesses de détaxation et les avantages de tous ordres, obtint des renforts militaires de Lombardie, du Piémont, du comte de Savoie. Au blocus s'ajoutèrent les machines de siège et des armées de mercenaires expérimentés. Rédigeant à l'époque sa Divine Comédie, Dante Alighieri ne dissimule pas les sympathies que suscite en lui la guerilla de Dolcino. Il le met en garde contre une tactique de repli où le climat jouera contre lui et le dépouillera des avantages que lui avait assurés la mobilité de ses troupes aguerries et bien nourries.

Extrait n°5 : Où la politique avait condamné Dolcino, les spirituels et Savonarole, elle sauve Luther et son mouvement, elle le porte au pouvoir en vertu de cette force qui, sous les dehors de la religion et des idéologies, commence à apparaître au grand jour comme le véritable mode de gouvernement des hommes : l'économie. Luther et Calvin entérinent les décrets obscurs de la libre entreprise jusque dans l'écrasement du communalisme paysan et dans la condamnation de ce libre-esprit si résolument inconciliable avec l'emprise économique exercée sur la vie des hommes.

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23 octobre 2013

La rébellion française, 1661-1789

La Rebellion Française (2002)

La rébellion française, 1661-1789, de Jean Nicolas, 2002.

Extrait n°1 : Les foules se rassemblent aux cris de Caroi, Caroi - "qui est, lit-on dans un rapport, le mot excitant sédition dans cette province comme gabeleux et maltôtier dans les autres". La répression, menée à grands moyens militaires, devait expédier aux galères des centaines de condamnés. Cette révolte, blasonnée dans le registre du dérisoire sous le nom de "guerre de Lustucru", est le dernier des grands mouvements collectifs liés à la fiscalité directe.

Extrait n°2 : Un écrit circule dans les campagnes, fort "insolent" pour les seigneurs : sous l'appellation de Code paysan, il revendique "la liberté de la province armorique" et énumère un certain nombre de griefs relatifs au papier timbré mais aussi à la chasse, aux colombiers, aux moulins banaux ; il réclame la suppression des champarts, dîmes et corvées en même temps qu'il dénonce en termes extravagants une "gabelle" personnifiée qu'il faut pourchasser ainsi que ses "enfants", avec ordre de "tirer sur elle comme sur un chien enragé".

Extrait n°3 : Au printemps 1769, l'affrontement débouche sur une sorte de jacquerie anti-industrielle dont Versailles a aussitôt connaissance : le 24 mars, jour du Vendredi saint, lit-on dans la correspondance qui rapporte les faits, "plus de cinq cents paysans armés de fusils, de pistolets, de faux et de bâtons ferrés fondent successivement sur toutes les carrières, mettent le feu à toutes les baraques et aux maisons des directeurs qu'ils ruinent de fond en comble, détruisent tous les ouvrages, comblent tous les puits, pillent et vendent tout ce qui se rencontre sous leurs mains, outils, ferrures, planches, charbon, meubles et effets, partagent entre eux ce qu'ils ne peuvent vendre, se saisissent des chevaux et des bateaux, courent dans tous les villages voisins sommer les habitants de leur déclarer où sont les directeurs qu'ils veulent, disent-ils, avoir vifs ou morts".

Extrait n°4 : L'insistante vision tocquevillienne d'idées critiques venues d'en haut, sorties des cénacles de la pensée, et qui, par étapes, auraient atteint le bas de l'échelle au point d'"enflammer jusqu'à l'imagination des femmes et des paysans", un tel schéma résiste mal à l'examen des faits. C'est à ras de terre que s'élaboraient les aspirations réformistes du plus grand nombre, et toutes les espérances libertaires que la convocation des Etats généraux allait permettre de formuler en mots et en doctrine.

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26 juin 2013

Surveiller et punir

Surveiller et punir (1975)

Surveiller et punir, de Michel Foucault, 1975.

Extrait n°1 : Le supplice est une technique et il ne doit pas être assimilé à l'extrémité d'une rage sans loi. Une peine, pour être un supplice, doit répondre à trois critères principaux : elle doit d'abord produire une certaine quantité de souffrance qu'on peut sinon mesurer exactement, du moins apprécier, comparer et hiérarchiser ; la mort est un supplice dans la mesure où elle n'est pas simplement privation du droit de vivre, mais où elle est l'occasion et le terme d'une gradation calculée de souffrances : depuis la décapitation - qui les ramène toutes à un seul geste et dans un seul instant : le degré zéro du supplice - jusqu'à l'écartèlement qui les porte presque à l'infini, en passant par la pendaison, le bûcher et la roue sur laquelle on agonise longtemps ; la mort-supplice est un art de retenir la vie dans la souffrance, en la subdivisant en "mille morts" et en obtenant, avant que cesse l'existence "the most exquisite agonies".

Extrait n°2 : Dans son affrontement avec le condamné, l'exécuteur était un peu comme le champion du roi. Champion cependant inavouable et désavoué : la tradition voulait, paraît-il, quand on avait scellé les lettres du bourreau, qu'on ne les pose pas sur la table, mais qu'on les jette à terre. On connaît tous les interdits qui entouraient cet "office très nécessaire" et pourtant "contre-nature". Il avait beau, en un sens, être le glaive du roi, le bourreau partageait avec son adversaire son infamie. La puissance souveraine qui lui enjoignait de tuer, et qui à travers lui frappait, n'était pas présente en lui ; elle ne s'identifiait pas à son acharnement. Et jamais justement elle n'apparaissait avec plus d'éclat que si elle interrompait le geste de l'exécuteur par une lettre de grâce.

Extrait n°3 : Le pouvoir dans la surveillance hiérarchisée des disciplines ne se détient pas comme une chose, ne se transfère pas comme une propriété ; il fonctionne comme une machinerie. Et s'il est vrai que son organisation pyramidale lui donne un "chef", c'est l'appareil tout entier qui produit du "pouvoir" et distribue les individus dans ce champ permanent et continu. Ce qui permet au pouvoir disciplinaire d'être à la fois absolument indiscret, puisqu'il est partout et toujours en éveil, qu'il ne laisse en principe aucune zone d'ombre et qu'il contrôle sans cesse ceux-là mêmes qui sont chargés de contrôler ; et absolument "discret", car il fonctionne en permanence et pour une bonne part en silence.

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