Canalblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Comité stéphanois
Publicité
3 décembre 2012

ZAD : 8 décembre 2012 à 14h à Saint-Etienne

A Saint-Étienne comme partout en France, opposons nous à l’Ayraultport !

 

A Notre Dame des Landes, décideurs et bétonneurs planchent depuis 40 ans sur la réalisation d’un aéroport gigantesque  (246 millions d’euros d’argent public injectés) alors même qu’il existe déjà un aéroport à Nantes qui est loin d’être saturé. Mais depuis 40 ans aussi, la résistance s’organise contre ce projet qui occasionnera la destruction de 2000 hectares de terres agricoles (bocages, zones humides...) et boisées, d'une biodiversité rare. Depuis 2009, suite à l’appel des paysans et habitants locaux menacés d’expulsion par ce projet, un mouvement d’occupation s'est étendu sur le bâti et le bocage menacé. Ces nouveaux habitants sont venus s'installer sur la ZAD, qui de Zone d'Aménagement Différée s'est transformée en « Zone à Défendre » pour tous les opposants.

 

Mais depuis plus d’un mois paysans et habitants sont harcelés et expulsés par les forces de l'ordre et de nombreuses habitations sont détruites par des engins de chantier. Cette opération de répression a déclenché un grand mouvement spontané de solidarité. C’est ainsi que le 17 novembre à Notre Dame des Landes, une manifestation de réoccupation a rassemblé près de 40.000 personnes venues des quatre coins de la France appuyées par des centaines de tracteurs. Mais l’Etat, main dans la main avec la multinationale VINCI (concessionnaire du futur aéroport), s’enferme dans sa logique répressive et envoie le vendredi 23 novembre au petit matin 500 gendarmes mobiles pour « nettoyer la zone » occasionnant de nombreux blessés parmi les opposants. Depuis, des comités et collectifs de soutien fleurissent un peu partout en France pour aider cette lutte exemplaire.

 

A St Étienne, nous ne voulons pas non plus fermer les yeux ou nous résigner ! Un collectif de soutien est en train de se créer rassemblant des stéphanois et stéphanoises solidaires avec la lutte menée contre l’aéroport. Ce collectif, au delà de réfléchir sur les diverses implications de ce projet, entend organiser des manifestations ou encore des actions diverses pour contribuer à mettre un terme à ce projet inutile et destructeur. Celui-ci se veut être un rassemblement d’individus (et non d’organisations) venus de tous horizons et habitant aussi bien Saint Etienne que ses environs (Pilat, la plaine et monts du Forez ou encore le Roannais).

 

Afin de se rencontrer, d’échanger et d’organiser la mobilisation localement, le collectif appelle à un rassemblement qui aura lieu 

            le samedi 8 décembre à 14h00 sur la place Jean Jaurès à

Saint Etienne (à côté du kiosque).

 

 

Ce rendez-vous s’inscrit par ailleurs dans le cadre de

 la « 3ème journée contre les Grands Projets Inutiles et Imposés ».  

De nombreuses autres actions auront lieu au même moment en France…

 

Le collectif stéphanois de soutien à la lutte de Notre Dame des Landes

 

 

(Note : nous ne voulons aucune récupération, instrumentalisation par qui que ce soit...

Tu fais partie d'une organisation ? Tu est le/la bienvenue mais merci de laisser ton drapeau chez toi ! Banderoles et pancartes bienvenues ! Des messages, de la combativité !

Pas de la publicité !)

Publicité
1 janvier 2009

Soutien aux inculpés du 11 novembre

    Le 11 novembre dernier, neuf personnes ont été arrêtées à Tarnac, petit village de Corrèze, et mises en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Elles sont accusées, en particulier, d’avoir participé à la destruction de caténaires sur certaines lignes de la SNCF, destructions qui ont provoqué plusieurs retards importants de trains sur ces mêmes lignes.

    Toutefois, lors des perquisitions, la police n’a trouvé aucune preuve, aucun signe tangible qui puisse justifier d’une façon ou d’une autre une telle accusation, et tout tend plutôt à démontrer qu’il s’est agi pour la domination de réaliser un coup de force contre des gens dont l’opposition politique radicale ne fait en effet aucun doute.

    Il faut rappeler ici, afin d’être aussi claire dans notre propos que nous le pouvons, que « radicale » ne signifie nullement « extrême », mais : « ce qui va à la racine des choses ». Or dans le cas qui nous occupe, et qui a trait au petit groupe des inculpés corrézien, la radicalité de sa pensée a bel et bien tout d’une évidence, puisqu’il est patent pour qui a lu ses essais que ceux-ci visent le capitalisme à sa racine, absolument. L’intérêt d’une telle pensée est majeur au moment même où nous assistons à une crise sans précédent de la civilisation du spectacle, d’autant plus que cette « cellule invisible » (comme aime à les nommer la domination) ne se contentait pas de penser et critiquer un capitalisme plus ou moins agonisant : elle en tirait aussi pleinement les conséquences, tant dans son mode de vie (refus du travail salarié, récupération des moyens de production, communauté d’affinités électives etc...) que dans les actions ponctuelles qu’elle peut être amener à faire contre la société du spectacle. Aussi, que les neufs de Tarnac aient ou non participé à la destruction des caténaires de la SNCF nous importe peu, car l’accusation dont il font l’objet – terrorisme – reste quoi qu’il en soit plus qu’excessive. Qu’y-a-t-il de comparable entre ce qui vient par exemple de se passer en Inde, le 11 septembre 2001, et la destruction d’une caténaire, qui, il y a quelques années seulement, aurait encore été classée parmi les actes de délinquance mineure, et que nous pourrions définir quant à nous – et ici pour l’heure nous n’engageons que nous – comme un acte de résistance.

    Il s’agit donc pour nous de ne pas laisser passer cette sorte de « Patrioct’Act » à la française, qui fait de tout acte de délinquance ou de désobéissance un acte terroriste. Il est à noter qu’une telle accusation a permis à la brigade anti-terroriste de maintenir les inculpés en garde à vue pendant 96 heures, et qu’elle permet ensuite de les incarcérer pendant trois à quatre ans avant que n’ait lieu le moindre procès. Des cinq personnes qui avaient été gardés en prison, trois ont été récemment remises en liberté, mais Julien Coupat (bêtement soupçonné d’être le chef de la bande), et son amie Yldun ont été maintenus en détention. A l’heure où nous sommes, les neufs de Tarnac sont de toutes façons toujours mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », et trois d’entre eux n’ont plus le droit de retourner chez eux, ni même de communiquer les uns avec les autres. Nous ne pouvons pas l’accepter, et c’est pourquoi nous avons organisé cette soirée, et aussi pourquoi nous en appelons à la création d’un comité de soutien permanent aux inculpés, à la fin de cette soirée, avec tous ceux qui le voudront bien.

    Le terrorisme n’est pas à Tarnac, il est dans les jeunes et vieilles têtes malades de la domination spectaculaire-marchande.

Comité de soutien à Saint-Etienne

P.S. : Notre comité tient aussi à rappeler combien certains « insurgés », ou non, de 2005, ont été emprisonnés de façon arbitraire, c’est-à-dire sans véritables enquête ou procès. Nous tenons à leur exprimer notre soutien, comme nous souhaitons affirmer ici aussi notre soutien aux « insurgés » grecs.

Pour nous contacter, on peut appeler au : 06-28-97-72-10

ou écrire à cette adresse : comitestephanois@gmail.com

12 octobre 2009

Communiqué sur la manifestation du 10 octobre à poitiers

    Nous , collectif contre la prison de vivonne, tenons à revenir sur les événements qui se sont déroulés lors de cette journée anti-carcérale du 10 octobre lancée à notre initiative. Avant toutes choses, il nous paraît important de rappeler à tous nos détracteurs que la manifestation n'était pas le centre de la journée. Nous invitons ainsi tout le monde à relire le programme de cette journée qui appelait outre la manifestation festive à des débats avec intervenants extérieurs sur des thèmes tels que le sécuritaire ou les luttes anticarcérales... ainsi qu'à des concerts le soir même. Par ailleurs les débats qui ont eu lieu avant la manifestation, contrairement au reste de la soirée qui a été annulé par les forces de l'ordre, montrera peut être par les apports qui en sortiront que la réflexion sur le sujet n'était pas exempt de la journée. Les déclarations de tous les "citoyens" et "journaleux" qui ont pris hâte de faire passer ce collectif comme un prétexte pour organiser une "émeute" et étant "une cellule d'ultra gauche" nous paraît donc d'une stupidité sans nom, d'un mensonge et d'une volonté politique des plus réactionnaires. Encore une fois nous assistons à l'utilisation d'outils médiatico-politique récurants ces derniers temps au même titre que les étiquettes "d'anarcho autonome" et "d'ultra gauche organisée".

    Bien que solidaire de tous les interpellés et n'ayant aucun interêt à juger en bien ou en mal les actes commis, nous pouvons toutefois dire que les pratiques utilisées ne correspondaient pas à nos attentes et qu'un bilan de la stratégie politique emmanera de ces evenements. Nous rappelons que, bien qu'ayant appelé à cette manifestation, nous ne sommes en aucun cas responsable des actes qui y ont été commis. Mais parler d'une violence à sens unique nous paraît inexact en vue de la gestion policière qui a suivi la manifestation : occupation policière massive de tout le centre ville (mise en place d'un quasi "couvre-feu"), arrestations arbitraires, opération policière au numéro 23 de la porte de Paris (local culturel), où devait se dérouler la suite de la journée, digne d'une ère ancienne ... Le numéro 23, qui n'avait aucun lien avec les événements de la manifestation a ainsi vu une perquisition des plus violentes. Les personnes présentes ont ainsi subit diverses violences (coups de tonfas), humiliations (face contre terre les mains sur la tête) et contrôle abusif des identités (photos et question...) pendant près de 4h! De plus les policiers présents ont volontairement dégradé le matériel sono loué ou prété pour l'occasion (estimation à plusieurs miliers d'euros)!!!

    Ainsi il nous semble que le moment n'est pas à la dénonciation mais bel et bien à la solidarité avec les militants inculpés!
Libération des manifestants en garde à vue!

Le collectif contre la prison de vivonne : http://anticarceral.poitiers.over-blog.fr/

3 mai 2012

Affaire Hicheur, un simple détail

Si nul ne peut croire sérieusement que le 6 mai 2012 puisse altérer quoi que ce soit au cours de nos existences, il n’en va pas de même du 4 mai prochain, date du verdict dans le procès d’Adlène Hicheur. Ce jour-là, nous saurons enfin si le simple fait d’écrire sur des forums virtuels des propos peu amènes pour l’Occident constitue un acte de terrorisme passible de plusieurs années de prison. Ce jour-là, l’autorité judiciaire déterminera enfin si l’on a ou non le droit de considérer que le déploiement des armées occidentales en Irak et en Afghanistan est un acte de guerre, voire un acte d’invasion, et non une simple opération de police menée pour le bien de l’humanité dans une extension récente du territoire américain. Et si une telle opinion constitue en soi l’expression caractérisée de sympathies « pro-djihadistes ». Si la juge Rebeyrotte devait condamner Adlène (même à une peine qui se limite à couvrir les deux ans et demi de préventive qui viennent de lui briser le corps), il conviendra d’en tirer toutes les conséquences. On aura alors à coeur d’interdire tous les blogs anarchisants qui appellent à pendre les patrons, voire à bouffer les riches, tous les groupuscules marxistes qui défendaient la « résistance irakienne » contre l’ « agression impérialiste US », tous les pro-palestiniens qui soutiennent ceux qui luttent contre l’« occupant sioniste » ou dans autre registre tous les xénophobes qui appellent sans rire à égorger des arabes le jour de l’Aïd, comme tous les satanistes en herbe qui étalent une volonté farouche de brûler une à une les églises de notre pays. Avec un peu de persévérance, on se rendra bientôt compte que les forums virtuels les plus anodins sont remplis d’intentions criminelles impunies, auxquelles ne manquent guère qu’un peu de suite dans les idées pour en faire du pré-terrorisme avéré.

On nous dira que le cas d’Adlène est tout de même singulier, qu’on ne peut étendre qu’abusivement sa situation au reste de la population. Certes, Adlène est d’origine algérienne. Son père figurait déjà sur les fichiers antiterroristes français, apparemment pour avoir fait un pélerinage à la Mecque. Pour aggraver son cas, Adlène, comme tant d’autres de sa cité de Vienne, a préféré collectionner les diplômes plutôt que les peines de prison. Il est passé par Normale-Sup Lyon, était chercheur en physique fondamentale au CERN. Voilà qui est peu pardonnable, ainsi que les policiers de la sous-direction antiterroriste le lui ont fait remarquer : « On va te broyer ». Ainsi qu’ont pu le constater tous ceux qui ont assisté à son procès, c’est un esprit méthodique, qui sait choisir ses mots, développer une pensée sans se laisser dominer par tel ou tel chantage émotionnel. Or chacun sait que c’est à son intelligence glacée que l’on reconnaît la graine de terroriste au sang froid.

On peut épiloguer tant qu’on veut sur le caractère d’« exception » de la justice antiterroriste, sur le renversement des principes mêmes du droit qu’elle contient ; on n’a rien dit tant que l’on n’a pas élucidé la nature de sa cohérence, qui, tout en s’inscrivant dans le champ du droit, le déborde de toutes parts. Cette cohérence est celle de l’actuelle gestion socialisée des affects. Le terrorisme est le premier crime défini par la nature affective de ses conséquences, le premier crime affectif de l’histoire. C’est pourquoi on peine tant à le définir juridiquement. Le terroriste, l’acte terroriste, le groupe terroriste, se définissent par ceci qu’ils font peur, qu’ils répandent, dit-on, l’affect de terreur. Et la justice antiterroriste est féroce, comme l’est la police antiterroriste, parce que la peur rend féroce.

Ne soyons pas dupes : rien n’est plus exploitable et malléable que le sentiment de peur et c’est en cela que la DCRI est une police éminemment politique. Le hic, bien évidemment, c’est que, du Petit Journal à C.N.N., de Casimir-Perier à Nicolas Sarkozy, toute la terreur associée à tel ou tel fait, qu’il ait eu lieu au café Terminus ou à Toulouse, c’est l’appareil gouvernemental qui la produit en exploitant le fait à dessein, et non son auteur. Claude Guéant n’aura pas ménagé ses efforts et Nicolas Sarkozy ses effets pour répandre, et ce jusque dans les écoles primaires, l’effroi lié aux assassinats de Toulouse. Les histoires de terroristes sont les contes cruels, pleins de barbus, de bombes et de sabres, dont on berce le sommeil agité des solitudes démocratiques. Tout souci de vraisemblance y est superflu. On peut rafler des musulmans pour le spectacle à la veille des élections présidentielles ; et le refaire une semaine plus tard, pour les libérer tous : le « fromage islamiste » est si « alléchant », comme l’écrit le juge Trévidic.

Dans le cas d’Adlène, on se souviendra du directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, se vantant sur France Info d’avoir arrêté in extremis « un individu autoradicalisé qui s’apprêtait à déposer une bombe dans un régiment de chasseurs alpins ». Bizarrement, lors de son procès, les journalistes, les amis et les soutiens d’Adlène purent constater que comme par magie, cette « bombe-à-deux-doigts-d’exploser » avait disparu des débats. Comme il fallait bien parler de quelque chose, c’est-à-dire consacrer le flair et le sérieux sans pareil de la DCRI, on s’acharna à démontrer que le contenu de quelques mails d’Adlène était si terrifiant que cela méritait bien six années de prison. Quelle importance, l’image était déjà dans la boîte, c’est-à-dire dans les têtes : « un individu autoradicalisé qui s’apprêtait à déposer une bombe. » Cela fait partie de la fiction générale par laquelle on gouverne de nos jours Nous nous trouvons avec le procès d’Adlène à la croisée des chemins. Soit la justice valide la doctrine insensée du décèlement précoce, du « pré-terrorisme » et se lance dans la neutralisation préventive de tous les « individus autoradicalisés », par nature indétectables, qui courent les rues et les forums. Ce qui signifie : basculer dans la psychose sous l’impératif inatteignable de prévoir l’imprévisible, affranchir la surveillance policière de tout prétexte, de toute limite. Soit la justice antiterroriste acquitte Adlène, et renonce donc à confisquer une nouvelle fois ce qu’elle prétend protéger : la liberté. A vous de juger, il n’y va après tout, dans cette affaire, que de ce simple détail.

--------------------------------------------------------------------------------

Jean-Pierre Lees, physicien, directeur de recherche au CNRS
Mathieu Burnel, mis en examen dans l'affaire de Tarnac
Halim Hicheur, frère d'Adlène Hicheur
Rabah Bouguerrouma, porte-parole du Collectif viennois de soutien à Adlène Hicheur

Publié dans Le Monde, tribune libre, le 30.04.2012, sous le titre Non au délit de "pré-terrorisme", et avec quelques phrases en moins. Ci-dessus dans sa version d'origine, aussi consultable ICI.

8 mai 2012

Adlène Hicheur - Verdict !

Vendredi 4 mai un peu avant 13h30, pas mal de monde se groupait devant l'entrée de la 14ème chambre correctionnelle du palais de justice de Paris pour écouter l'énoncé du verdict du procès d'Adlène Hicheur. Beaucoup de journalistes étaient présents, un peu moins de monde toutefois du côté des comités de soutien que lors des audiences des 29 et 30 mars. On notait aussi la présence des "gars de Tarnac" qui, quelques jours avant, avaient justement cosignés une tribune libre dans Le Monde intitulée "Non au délit de pré-terrorisme". L'énoncé du verdict n'a duré que quelques minutes, la Présidente Rebeyrotte ne s'est pas donné la peine de parler dans le micro et a très rapidement marmonné qu'Adlène Hicheur était coupable du délit de "participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme" et qu'en conséquence il était condamné à cinq ans d'emprisonnement dont un an avec sursis, qu'il était maintenu en détention et que l'ensemble des scellés seraient saisis (comprendre: confiscation du matériel informatique et des 15 000 € d'argent liquide trouvés au moment de l'arrestation). Après avoir expliqué en trente seconde ce que signifiait l'année de sursis sur le plan pénal, la Présidente a quitté très rapidement la salle d'audience. L'assistance s'est alors figée un instant, attendant que quelque chose se passe... certains ont demandé à leur voisin de répéter ce que la Présidente avait dit car ils n'avaient pas réussi à entendre son marmonage. L'un des membres du comité de soutien viennois s'est offusqué à haute voix de cette façon de faire, de cette manière de balancer un verdict implacable qui va sceller l'avenir d'un homme, puis de repartir en rasant les murs… Tout le monde était debout, sonné et incrédule. L'avocat a dû courir après la Présidente pour lui demander une autorisation pour qu'Adlène Hicheur puisse embrasser son père et ses frères, ce qui fut fait avant que les gendarmes ne reconduisent Adlène en cellule. Nous sommes restés de longues minutes à attendre que quelque chose se passe, à espérer au fond de nous-même que la Présidente revienne et dise que non, finalement il était acquitté… mais non bien sûr... le jugement était là, implacable, irrévocable (sauf appel) et incompréhensible. Curieusement l'énoncé de ce verdict tranchait singulièrement avec celui de l'affaire précédente : 5 jeunes comparaissant pour une affaire de violence, le verdict fut énoncé de manière forte et claire, le Président s'assurant que l'interprète avait pu traduire et que les jeunes avaient bien compris. C'était un peu comme si le verdict de l'affaire Hicheur était tellement honteux, qu'il fallait juste le chuchoter et vite prendre la fuite... Comme je l'ai dit dans l'article concernant les audiences des 29 et 30 mars, je n'ai rien entendu de convaincant dans l'énoncé des charges reprochées à Adlène Hicheur, en tout cas rien de prouvé, pas même l'identité de son interlocuteur sur les forums. Moi qui croyait que justement la justice ne s'appuyait que sur des faits, que le travail des enquêteurs consistait à amener des preuves et que toutes les assertions ne reposant pas sur des éléments établis étaient nulles et non avenues et enfin que le doute devait bénéficier à l'accusé. Je pense que si je n'avais pas assisté à ce procès, si je n'avais pas entendu de mes oreilles les élucubrations scabreuses basées sur une série d'hypothèses non vérifiées afin de tailler un costume de coupable à Adlène Hicheur, j'aurais eu au fond de moi un doute en me disant que la justice française ne pouvait pas condamner sans preuve ou sans au minimum quelques éléments solides permettant de se forger une intime conviction. Aujourd'hui, je sais qu'il est possible d'arrêter quelqu'un en France, de lui faire subir 96 heures d'interrogatoire sans sommeil, alors que cette personne souffre physiquement et que le médecin lui prescrit des médicaments de plus en plus forts pour le faire tenir... Je sais aussi qu'il est possible de détenir quelqu'un pendant 30 mois sans qu'aucun élément sérieux ne justifie cette détention. Enfin, je sais qu'il est possible de construire un dossier uniquement à charge, de bourrer celui-ci d'éléments non prouvés, d'erreurs grossières, d'hypothèses scabreuses et finalement de faire condamner quelqu'un à des années de prisons.

Ce jugement je ne le comprends pas, je le comprends encore moins quand je lis le paragraphe suivant :

"Au cours des débats d'audience, Adlène HICHEUR a employé plusieurs fois le terme d'"humiliation" et l’on sent, à travers les messages de cet homme intelligent et fier, la douleur d’appartenir à un peuple qui a effectivement été colonisé pendant deux siècles par des représentants de son pays d’accueil et d’adoption ainsi que la difficulté à surmonter cette antinomie. Le Tribunal ne peut de même ignorer qu’Adlène Hicheur est né à Séfif, ville de triste mémoire, ce qui n’a pu que renforcer son sentiment d’injustice, d’humiliation devant le sort réservé à ses pères"

Cet argument qui sort de nulle part est présenté comme un élément à décharge valant l'année de sursis, alors qu'au contraire il accable en tentant de donner une explication à un délit qui n'a jamais été démontré au cours du procès. Les juges se donnent ainsi probablement bonne conscience… Grand bien leur fasse !

Vous qui me lisez, prenez garde à vos écrits, prenez garde à vos courriels, et finalement prenez garde à vos pensées. Une justice d'exception a été instaurée en France et elle a tout pouvoir.

Dominique Boutigny, sur Sortir de DiasparBlog

Publicité
19 avril 2011

Communiqué stéphanois

Stéphanois, Stéphanoises,

Nous occupons depuis quelques jours un immeuble au 71 de la rue Neyron à Saint-Étienne, quartier Fourneyron-Chateaucreux.

Nous sommes un collectif de personnes qui s'est formé, en ces temps d'expulsion massive et de fin de trêve hivernale, dans le but d'ouvrir des logements décents et sûrs, et de répondre ainsi à des besoins que l’État devrait légalement prendre en charge.

Les choses se mettent progressivement en place, et nous avons besoin du maximum de gens possibles, afin d'amener matériel, aider à l'organisation, bricoler, cuisiner, etc... et afin surtout d'occuper les lieux.

Cette présence massive sera nécessaire pendant une durée d'au moins deux à trois semaines.

Venez donc nombreux et nombreuses, et n'hésitez pas à faire suivre ce message à vos contacts.

 

Un logement décent pour des gens délaissés par un État hors-la-loi.

 

Réunion Mardi 19 avril à 18h30

dans l'immeuble occupé afin de décider de la suite des événements.

6 novembre 2009

La vague de protestation dans les universités autrcihiennes de plus en plus importante : journée d'action le 5 novembre

Communiqué de presse du 2 novembre.

    Occupations dans toutes les villes universitaires depuis deux semaines - les professeurs se solidarisent - les 34 millions du ministre sont insuffisants

    Depuis deux semaines des milliers étudiants se défendent dans les universités autrichiennes contre la misère actuelle de la formation. Pour protester contre le sous-financement chronique, les restrictions d’accès aux écoles supérieures et la position dominante des intérêts économiques dans le système de formation, le mouvement occupe de nombreuses universités du pays.

Université du bas au lieu du haut

    Le mouvement apparu lors des protestations ouvre des espaces sociaux libérés, expérimente des formes de participations de démocratie directe et anime les universités avec des cours alternatifs, des ateliers et des groupes de travail. Les étudiants s’engagent selon des formes encore jamais vues et reçoivent une grande attention publique.

Les enseignants soutiennent les revendications

    Des représentants politiques, de la culture et de la société estiment que ce mouvement de protestation est un indicateur de problèmes structurels, qui dépassent le système de formation. Depuis, plus de 350 enseignants et chercheurs se sont déclarés solidaires des occupants et participent activement au mouvement. Avant tout, la précarité accrue des conditions de travail dans le domaine de la formation porte préjudice à la qualité de l’enseignement et de la recherche. Dans le sens d’une université libre et critique, le mouvement exige entre autres choses la démocratisation globale de l’université, une augmentation massive des dépenses dans les formations, la liberté d’accès aux écoles supérieures et la réalisation en retard depuis longtemps de la supression des barrières aux études.

La proposition du ministre ne va pas assez loin

    Après un élargissement de la protestation et d’innombrables manifestations de solidarité venant d’Autriche et de l’étranger, il y a maintenant la première réaction concrète du gouvernement autrichien : le ministre de la science Johannes Hahn promet 34 millions d’euros venant d’une réserve. Les manifestants et aussi plusieurs recteurs pensent que cette annonce n’est pas à la mesure des problèmes. De plus le mouvement critique que le ministre ne se soit pas adressé directement à lui et n’ait pas transigé sur les exigences.

Journée d’actions le 5 novembre

    Pour jeudi 5 novembre, le mouvement de protestation prévoit une vaste journée d’actions, pour plonger encore plus dans le débat sur la misère dans la formation, les politiques et les médias.

Traduit de l’allemand par Gachet, HNS-info

Source : unsereuni

7 août 2009

Les oiseaux de passage

Les oiseaux de passage - poème de Jean Richepin (1849-1926) / mis en chanson par Georges Brassens : [C'est une cour carrée et qui n'a rien d'étrange : Sur les flancs, l'écurie et l'étable au toit bas ; Ici près, la maison ; là-bas, au fond, la grange Sous son chapeau de chaume et sa jupe en plâtras. / Le bac, où les chevaux au retour viendront boire, Dans sa berge de bois est immobile et dort. Tout plaqué de soleil, le purin à l'eau noire Luit le long du fumier gras et pailleté d'or. / Loin de l'endroit humide où gît la couche grasse, Au milieu de la cour, où le crottin plus sec Riche de grains d'avoine en poussière s'entasse, La poule l'éparpille à coups d'ongle et de bec. / Plus haut, entre les deux brancards d'une charrette, Un gros coq satisfait, gavé d'aise, assoupi, Hérissé, l'œil mi-clos recouvert par la crête, Ainsi qu'une couveuse en boule est accroupi. / Des canards hébétés voguent, l'oeil en extase. On dirait des rêveurs, quand, soudain s'arrêtant, Pour chercher leur pâture au plus vert de la vase Ils crèvent d'un plongeon les moires de l'étang. / Sur le faîte du toit, dont les grises ardoises Montrent dans le soleil leurs écailles d'argent, Des pigeons violets aux reflets de turquoises De roucoulements sourds gonflent leur col changeant. / Leur ventre bien lustré, dont la plume est plus sombre, Fait tantôt de l'ébène et tantôt de l'émail, Et leurs pattes, qui sont rouges parmi cette ombre, Semblent sur du velours des branches de corail. / Au bout du clos, bien loin, on voit paître les oies, Et vaguer les dindons noirs comme des huissiers. Oh ! qui pourra chanter vos bonheurs et vos joies, Rentiers, faiseurs de lards, philistins, épiciers ?] / Ô vie heureuse des bourgeois Qu'avril bourgeonne Ou que decembre gèle, Ils sont fiers et contents / Ce pigeon est aimé, Trois jours par sa pigeonne Ça lui suffit il sait Que l'amour n'a qu'un temps / Ce dindon a toujours Béni sa destinée Et quand vient le moment De mourir il faut voir / Cette jeune oie en pleurs C'est la que je suis née Je meurs presd de ma mère Et je fais mon devoir / Elle a fait son devoir C'est a dire que Onques Elle n'eut de souhait Impossible elle n'eut / Aucun rêve de lune Aucun désir de jonque L'emportant sans rameurs Sur un fleuve inconnu / [Elle ne sentit pas lui courir sous la plume De ces grands souffles fous qu'on a dans le sommeil, pour aller voir la nuit comment le ciel s'allume Et mourir au matin sur le coeur du soleil.] / Et tous sont ainsi faits Vivre la même vie Toujours pour ces gens là Cela n'est point hideux / Ce canard n'a qu'un bec Et n'eut jamais envie Ou de n'en plus avoir Ou bien d'en avoir deux / [Aussi, comme leur vie est douce, bonne et grasse ! Qu'ils sont patriarcaux, béats, vermillonnés, Cinq pour cent ! Quel bonheur de dormir dans sa crasse, De ne pas voir plus loin que le bout de son nez !] / Ils n'ont aucun besoin De baiser sur les lèvres Et loin des songes vains Loin des soucis cuisants / Possèdent pour tout coeur Un vicere sans fièvre Un coucou régulier Et garanti dix ans / Ô les gens bien heureux Tout à coup dans l'espace Si haut qu'ils semblent aller Lentement un grand vol / En forme de triangle Arrivent planent, et passent Où vont ils? ... qui sont-ils ? Comme ils sont loins du sol / [Les pigeons, le bec droit, poussent un cri de flûte Qui brise les soupirs de leur col redressé, Et sautent dans le vide avec une culbute. Les dindons d'une voix tremblotante ont gloussé. / Les poules picorant ont relevé la tête. Le coq, droit sur l'ergot, les deux ailes pendant, Clignant de l'œil en l'air et secouant la crête, Vers les hauts pèlerins pousse un appel strident. / Qu'est-ce que vous avez, bourgeois ? soyez donc calmes. Pourquoi les appeler, sot ? Ils n'entendront pas. Et d'ailleurs, eux qui vont vers le pays des palmes, Crois-tu que ton fumier ait pour eux des appas ?] / Regardez les passer, eux Ce sont les sauvages Ils vont où leur desir Le veut par dessus monts / Et bois, et mers, et vents Et loin des esclavages L'air qu'ils boivent Ferait éclater vos poumons / Regardez les avant D'atteindre sa chimère Plus d'un l'aile rompue Et du sang plein les yeux / Mourra. Ces pauvres gens Ont aussi femme et mère Et savent les aimer Aussi bien que vous, mieux / Pour choyer cette femme Et nourrir cette mère Ils pouvaient devenir Volailles comme vous / Mais ils sont avant tout Des fils de la chimère Des asoiffés d'azur Des poètes des fous / [Ils sont maigres, meurtris, las, harassés. Qu'importe ! Là-haut chante pour eux un mystère profond. A l'haleine du vent inconnu qui les porte Ils ont ouvert sans peur leurs deux ailes. Ils vont. / La bise contre leur poitrail siffle avec rage. L'averse les inonde et pèse sur leur dos. Eux, dévorent l'abîme et chevauchent l'orage. Ils vont, loin de la terre, au dessus des badauds. / Ils vont, par l'étendue ample, rois de l'espace. Là-bas, ils trouveront de l'amour, du nouveau. Là-bas, un bon soleil chauffera leur carcasse Et fera se gonfler leur cœur et leur cerveau. / Là-bas, c'est le pays de l'étrange et du rêve, C'est l'horizon perdu par delà les sommets, C'est le bleu paradis, c'est la lointaine grève Où votre espoir banal n'abordera jamais.] / Regardez les vieux coqs Jeune Oie édifiante Rien de vous ne pourra Monter aussi haut qu'eux (2x) / Et le peu qui viendra d'eux à vous C'est leur fiante Les bourgeois sont troublés De voir passer les gueux.

L'italique et les crochets siganlent que ces parties du poème original de Richepin n'ont pas été retenues par Brassens pour la mise en chanson.

7 août 2009

Filles d'ouvriers

Filles d'ouvriers - Jules Jouy (1898) : Pâle ou vermeille, brune ou blonde, Bébé mignon, Dans les larmes ça vient au monde, Chair à guignon. Ébouriffé, suçant son pouce, Jamais lavé, Comme un vrai champignon ça pousse Chair à pavé / A quinze ans, ça rentre à l'usine, Sans éventail, Du matin au soir ça turbine, Chair à travail. Fleur des fortifs, ça s'étiole, Quand c'est girond, Dans un guet-apens, ça se viole, Chair à patron. / Jusque dans la moelle pourrie, Rien sous la dent, Alors, ça rentre "en brasserie", Chair à client. Ça tombe encore: de chute en chute, Honteuse, un soir, Pour deux francs, ça fait la culbute, Chair à trottoir. / Ça vieilli, et plus bas ça glisse... Un beau matin, Ça va s'inscrire à la police, Chair à roussin; Ou bien, "sans carte", ça travaille Dans sa maison; Alors, ça se fout sur la paille, Chair à prison. / D'un mal lent souffrant le supplice, Vieux et tremblant, Ça va geindre dans un hospice, Chair à savant. Enfin, ayant vidé la coupe. Bu tout le fiel, Quand c'est crevé, ça se découpe. Chair à scalpel. / Patrons! Tas d'Héliogabales, D'effroi saisis Quand vous tomberez sous nos balles, Chair à fusils, Pour que chaque chien sur vos trognes Pisse, à l'écart, Nous les laisserons vos charognes, Chair à Macquart!

11 août 2009

Saint-Étienne : 10 étudiants grévistes convoqués en Conseil de discipline : la rentrée sera chaude...

N’hésitez pas à faire tourner ce message

    Pas de vacances pour le mouvement ! Répressions des étudiants grévistes à Saint-Étienne (42) : Appel à soutien: Réunion publique, le 1er septembre

« Trop, c’est trop !»

    Le printemps 2009 a été marqué par la plus longue grève que l’université stéphanoise ait connue dans son histoire. Les étudiant-e-s et les personnels de l’UJM, mobilisé-e-s contre les lois Pécresse, combattent depuis plus de deux ans maintenant les réformes qui soumettent l’université aux logiques du monde marchand. Ces diverses lois, du Plan Campus à la LRU, compromettent gravement l’existence des petites et moyennes structures universitaires comme celle de Saint Etienne et c’est en cela que nos luttes ne sont pas vaines. Elles sont encore moins des luttes minoritaires et isolées puisqu’elles ont réussi à mobiliser et fédérer les énergies deux années durant.

    Pourtant s’enfermant dans un rôle de bon élève aux ordres du gouvernement, la présidence de l’UJM a été une des premières universités de France à s’engager dans le processus LRU. De même, au cours du mouvement de grève, celle-ci s’est conformée aux différentes directives ministérielles visant à briser le mouvement de protestation. Ainsi, Khaled BOUABDALLAH a démontré sa volonté d’enrayer toutes velléités de contestation en autorisant l’entrée des forces de l’ordre le 13 mai dernier sur le site Tréfilerie mais aussi, en recourant à des sociétés privées de surveillance.

    En convoquant devant des conseils de discipline une dizaine d’étudiant-e-s grévistes, la présidence de l’UJM vient de franchir une nouvelle étape dans sa logique répressive. Un accord avait pourtant été trouvé avec le président par lequel les grévistes s’étaient engagés à ne pas perturber les cours et les examens en échange de l’abandon de poursuites administratives et judiciaires. Cependant, afin d’empêcher toute reprise du mouvement de grève en septembre, la présidence a bafoué l’accord et a contribué elle-même à détruire le semblant de sérénité retrouvée qu’elle appelait de ses vœux il y a un mois à peine.

    Ainsi, l’administration a trouvé comme prétexte, l’occupation illégale des locaux lors de la soirée de clôture de l’Université Solidaire du 30 juin dernier. Quelques 250 personnes s’étaient retrouvées autour d’un repas collectif et avaient assisté à des expositions de travaux artistiques et des concerts dont le déroulement et les horaires avaient pourtant été autorisés le matin-même par le responsable de la sécurité du site Tréfilerie.

    L’autre fait reproché est la perturbation de la fête de l’inauguration de la nouvelle maison de l’université. Cette cérémonie devait se dérouler en présence de personnalités qui ont activement lutté contre le mouvement de grève, en la personne du recteur d’académie, du maire de Saint-Etienne et du président de l’université. C’est pourquoi les étudiant-e-s avaient décidé d’être présent ce jour là. Par ailleurs, ce projet immobilier au coût pharaonique est en lui-même une véritable provocation quand l’heure est aux suppressions de postes à l’UJM et à la précarisation de ses personnels…

    Nous condamnons avec force la répression administrative contre les étudiant-e-s grévistes qui sont du fait de cette convocation, menacé-e-s d’exclusion de l’université.

Nous exprimons avec force et conviction notre attachement à une université ouverte en tant que lieu populaire de critique et d’émancipation.

Nous appelons toutes les personnes nous soutenant, à participer à une réunion publique, le 1er septembre à 18h30, à la bourse du travail.

Contact: Trefenlutte@gmail.com

Blog du Collectif Tréfilerie: http://ujmenlutte-st-etienne.over-blog.com/

21 juin 2009

Deux ou trois choses que j'avais à vous dire, par Yldune Lévy

C'est un homme, dans un bureau, comme tant d'autres hommes dans tant d'autres bureaux auxquels il ressemble sans ressembler à rien. Celui-là dispose d'un pouvoir spécial, certainement dû au fait que son bureau occupe le dernier étage d'une quelconque tour d'un palais de justice.

 

On dit qu'il instruit, qui ? quoi ? Il instruit. Il écroue. Il interroge. Il rend des ordonnances, de pâles ordonnances, où quelques articles de loi, une poignée de formules convenues et de considérations vagues se concluent par d'impénétrables mesures de contrôle judiciaire. Benjamin, certainement trop apprécié comme épicier à Tarnac, sera assigné à résidence chez sa mère en Normandie, où il n'a jamais vécu, à 30 ans. Manon et moi, qui partagions tout à Fleury, n'avons plus le droit de nous voir maintenant que nous sommes "libres". Julien peut se mouvoir dans toute la couronne parisienne, non traverser Paris, au cas où lui viendrait la tentation de prendre d'assaut l'Hôtel de Ville, sans doute.

 

Tel ami qui le visitait au parloir de la Santé doit se garder de le croiser désormais, sous peine de réincarcération. L'homme au bureau construit un dédale de murs invisibles, un labyrinthe d'impossibilités factices où nous sommes censés nous perdre, et perdre la raison. Il y a un ordre dans cet écheveau d'absurdités, une politique de désorientation sous les accents neutres du judiciaire.

 

On nous libère en prétextant qu'il n'y a pas de "risque de concertation frauduleuse" pour ensuite nous interdire de nous voir et nous exiler ici ou là, loin de Tarnac. On autorise un mariage tout en en faisant savamment fuiter le lieu et la date. On fragnole (1), à coup sûr, mais pas seulement.

 

C'est par ses incohérences qu'un ordre révèle sa logique. Le but de cette procédure n'est pas de nous amener à la fin à un procès, mais, ici et maintenant, et pour le temps qu'il faudra, de tenir un certain nombre de vies sous contrôle. De pouvoir déployer contre nous, à tout instant, tous les moyens exorbitants de l'antiterrorisme pour nous détruire, chacun et tous ensemble, en nous séparant, en nous assignant, en starifiant l'un, en faisant parler l'autre, en tentant de pulvériser cette vie commune où gît toute puissance.

 

La procédure en cours ne produit qu'incidemment des actes judiciaires, elle autorise d'abord à briser des liens, des amitiés, à défaire, à piétiner, à supplicier non des corps, mais ce qui les fait tenir : l'ensemble des relations qui nous constituent, relations à des êtres chers, à un territoire, à une façon de vivre, d'oeuvrer, de chanter. C'est un massacre dans l'ordre de l'impalpable. Ce à quoi s'attaque la justice ne fera la "une" d'aucun journal télévisé : la douleur de la séparation engendre des cris, non des images. Avoir "désorganisé le groupe", comme dit le juge, ou "démantelé une structure anarcho-autonome clandestine", comme dit la sous-direction antiterroriste, c'est dans ces termes que se congratulent les tristes fonctionnaires de la répression, grises Pénélope qui défont le jour les entités qu'ils cauchemardent la nuit.

 

Poursuivis comme terroristes pour détention de fumigènes artisanaux au départ d'une manifestation, Ivan et Bruno ont préféré, après quatre mois de prison, la cavale à une existence sous contrôle judiciaire. Nous acculer à la clandestinité pour simplement pouvoir serrer dans nos bras ceux que nous aimons serait un effet non fortuit de la manoeuvre en cours.

 

Ladite "affaire de Tarnac", l'actuelle chasse à l'autonome ne méritent pas que l'on s'y attarde, sinon comme machine de vision. On s'indigne, en règle générale, de ce que l'on ne veut pas voir. Mais ici pas plus qu'ailleurs il n'y a lieu de s'indigner. Car c'est la logique d'un monde qui s'y révèle. A cette lumière, l'état de séparation scrupuleuse qui règne de nos jours, où le voisin ignore le voisin, où le collègue se défie du collègue, où chacun est affairé à tromper l'autre, à s'en croire le vainqueur, où nous échappe tant l'origine de ce que nous mangeons, que la fonction des faussetés, dont les médias pourvoient la conversation du jour, n'est pas le résultat d'une obscure décadence, mais l'objet d'une police constante.

 

Elle éclaire jusqu'à la rage d'occupation policière dont le pouvoir submerge les quartiers populaires. On envoie les unités territoriales de quartier (UTEQ) quadriller les cités ; depuis le 11 novembre 2008, les gendarmes se répandent en contrôles incessants sur le plateau de Millevaches. On escompte qu'avec le temps la population finira par rejeter ces "jeunes" comme s'ils étaient la cause de ce désagrément. L'appareil d'Etat dans tous ses organes se dévoile peu à peu comme une monstrueuse formation de ressentiment, d'un ressentiment tantôt brutal, tantôt ultrasophistiqué, contre toute existence collective, contre cette vitalité populaire qui, de toutes parts, le déborde, lui échappe et dans quoi il ne cesse de voir une menace caractérisée, là où elle ne voit en lui qu'un obstacle absurde, et absurdement mauvais.

 

Mais que peut-elle, cette formation ? Inventer des "associations de malfaiteurs", voter des "lois anti-bandes", greffer des incriminations collectives sur un droit qui prétend ne connaître de responsabilité qu'individuelle. Que peut-elle ? Rien, ou si peu. Abîmer à la marge, en neutraliser quelques-uns, en effrayer quelques autres. Cette politique de séparation se retourne même, par un effet de surprise : pour un neutralisé, cent se politisent ; de nouveaux liens fleurissent là où l'on s'y attendait le moins ; en prison, dans les comités de soutien se rencontrent ceux qui n'auraient jamais dû ; quelque chose se lève là où devaient régner à jamais l'impuissance et la dépression. Troublant spectacle que de voir la mécanique répressive se déglinguer devant la résistance infinie que lui opposent l'amour et l'amitié. C'est une infirmité constitutive du pouvoir que d'ignorer la joie d'avoir des camarades. Comment un homme dans l'Etat pourrait-il comprendre qu'il n'y a rien de moins désirable, pour moi, que d'être la femme d'un chef ?

 

Face à l'état démantelé du présent, face à la politique étatique, je n'arrive à songer, dans les quartiers, dans les usines, dans les écoles, les hôpitaux ou les campagnes, qu'à une politique qui reparte des liens, les densifie, les peuple et nous mène hors du cercle clos où nos vies se consument. Certains se retrouveront à la fontaine des Innocents à Paris, ce dimanche 21 juin, à 15 heures. Toutes les occasions sont bonnes pour reprendre la rue, même la Fête de la musique.

 

 

 

Etudiante, Yldune Lévy est mise en examen dans l'"affaire de Tarnac".

 

(1) Il manque assurément au vocabulaire français un verbe pour désigner la passion que met un assis à rendre, par mille manœuvres minuscules, la vie impossible aux autres. Je propose d'ajouter pour combler cette lacune à l'édition 2011 du Petit Robert le verbe "fragnoler" d'où découlent probablement le substantif "fragnolage", l'adjectif "fragnolesque" et l'expression argotique "T'es fragno !" dont l'usage est attesté et ne cesse de se répandre.

9 mars 2009

Communiqué à l'adresse des grévistes de l'outre mer

    Aux grévistes de l'outre mer, fraternellement :

    Les populations des anciennes colonies françaises subissent depuis des années une exploitation plus odieuse encore que celle qui sévit sur nos têtes métropolitaines. Ce ne sont pas seulement les békés, ces héritiers des grandes familles colonialistes du passé, qui soumettent durement les peuples de l'outre mer aux lois scélérates du règne capitaliste, puisqu'aussi bien l'État français et les industriels qui l'accompagnent n'ont jamais cessé de traiter ces départements et territoires comme de simples protectorats, où chacun devra être à la fois corvéable(1) à merci et consommateur de produits métropolitains surtaxés. A l'évidence, si un réel partage des richesses n'existe réellement nulle-part dans le monde, l'outre mer français s'en voit privé plus encore au moins que ne l'est la métropole. Dépossédés de l'essentiel de leurs terres, ses habitants se sont vus contraints en même temps de n'y plus rien cultiver d'autres que la banane(2), ou presque. Or une telle contrainte les condamne invariablement à importer la quasi totalité des produits de première nécessité, et à les payer à vils prix, comme nous le disions devant ça. La vie chère combattue par les grévistes concerne bel et bien principalement la nourriture, et non les diverses babioles plus ou moins technologiques qui envahissent inlassablement les temples de la marchandise.

    Toutefois, le coût élevé de la survie en outre mer n'est pas l'unique difficulté soulevée par les grévistes. Quoi qu'en dise les médias de la métropole, la discrimination raciale reste un problème majeur sur ces territoires. Il est en effet patent que la « population noire » y subit une relégation sociale nettement plus importante que la « blanche » : sous-payée, dépossédée des ses terres, écartée de la presque totalité des centres de décisions, déplacée vers la métropole suivant les nécessités et exigences de celle-ci, toujours plus amputée de sa propre culture par les métastases d'une inique marchandisation de tout(3), cette population est renvoyée à sa propre négation – aussi a-t-elle joliment commencé de ne plus l'accepter.

    En dépassant l'égoïsme, en sortant des corporatismes et des catégories stupides où la domination spectaculaire-marchande les enfermait, les peuples de l'outre mer ont montré la voie. Les manipulations médiatiques, gouvernementales et policières n'y changeront plus rien. Par les efforts et les sacrifices qu'ils ont consentis, parfois pendant plus d'un mois, les françaises et français grévistes de l'outre mer nous ont rendu cette essentielle dignité dont des années de fatalisme nous avaient dépossédé. Ils nous ont démontré qu'un mouvement massif et durable pouvait encore offrir de nombreuses victoires sociales, puisque la plupart de leurs exigences ont fini par trouver des réponses favorables – même s'il reste à ce qu'elles soient appliquées. Il s'agit là pour nous, habitants de la métropole, d'un véritable message d'espoir. Nous les en remercions ici, et c'est encore trop peu. Sans vouloir écarter la spécificité de leur situation, nous avons aussi nos Békés et exploiteurs de toutes sortes, et la grandeur de leur lutte ne peut que nous encourager à la poursuivre ici et maintenant. Nul à présent ne pourra plus ni leur faire ni nous faire accroire que nos propres destins doivent toujours nous échapper en étant déposés entre les mains de quelques régnants pseudo-représentatifs. Il y a quelques mois seulement, Sarkozy affirmait encore sans sourciller mais en clignant de l'œil que lorsqu'il y aurait des grèves en France, personne n'en remarquerait plus l'existence. Or si une telle affirmation avait bel et bien pour elle de rassurer la frange la plus réactionnaire de son électorat, nous pouvons dire aujourd'hui grâce aux « ultra-marins »*, et quant à nous sans cligner de l'œil, qu'elle n'avait guère pour elle que cela : ces dernières semaines aux Antilles l'ont définitivement montré en reléguant pour longtemps aux oubliettes de l'Histoire cette cynique prétention sarkozienne, et nous en sommes ravis. Aussi souhaitons-nous manifester par ce communiqué notre inconditionnel soutien à tous ceux qui ont lutté en Guadeloupe et en Martinique, ou qui luttent encore à la Réunion, en Guyane, et ailleurs. Que l'État français ait trouvé bon d'envoyer 3500 policiers en Guadeloupe, par exemple, après avoir tenté dans un premier temps de laisser pourrir la situation(4), montre assez vers quelle violence il est prêt à s'engager lorsqu'il sent peser une menace sur l'industrie libérale dans son ensemble ; mais les guadeloupéens ont montré à leur tour, par leur détermination, qu'il était toujours encore possible de se battre pour une vie plus décente et plus digne, et d'emporter quelques victoires. En sorte que nous appelons tous les grévistes de l'outre mer à continuer la lutte, non seulement pour obtenir plus encore en ce qui concerne la survie, mais pour s'employer à créer une vie plus poétique qui reléguerait au loin le néant des seules relations marchandes. Nous réitérons ici l'affirmation de notre soutien inconditionnel, et nous nous engageons de notre côté à tout faire pour qu'en métropole aussi s'engage une vaste lutte : le mois de mai 1967 en Guadeloupe, qui s'était vu réprimé dans le sang, avait précédé celui de 1968 en métropole. Souhaitons qu'il en aille de même dans les jours prochains, sur une plus grande échelle et avec la victoire au bout.

    Le monde entier est un Béké-Land, il nous appartient d'en sortir tous ensemble, par le haut et radicalement.

Communiqué commun du collectif des étudiantes & étudiants en grève de l'université Jean Monnet à Saint-Étienne (42) et du comité stéphanois contre les lois anti-terroristes et la civilisation spectaculaire-marchande

__________________________________________________________________

Notes :

1 – Le fait que le taux de chômage soit très élevé dans ces territoires – près de 50% de chômeurs chez les jeunes guadeloupéens, par exemple – rend la mise en place d'une telle exploitation plus facile encore. Nous savons bien que les capitalistes n'aiment rien tant qu'être en présence d'une grande armée salariale de réserve (les chômeurs), sans laquelle ils ne seraient guère en mesure de maintenir longtemps les salaires des travailleurs au plus bas.

2 – Notons que cette mono-culture s'avère être aussi un désastre écologique, en particulier au regard du fait que la banane est un fruit qui ne supporte pas longtemps d'être exploité industriellement - en quoi d'ailleurs nous lui reconnaîtront un certain savoir-vivre. En effet, les bananes produites ainsi finissent par attraper de graves maladies, telles que la cercosporiose noire ou la maladie de panama qui exigent l'emploi d'une grande quantité de fongicides pour être évités, quand cela demeure possible.

3 – L'annihilation des cultures et des particularismes locaux est l'un des moyens qu'emploie pleinement le capitalisme pour détruire les fraternités et les solidarités qui pourraient çà et là lui résister. La « culture marchande », pour le dire simplement, provoque immanquablement une individualisation égoïste et sans phrase qui nie paradoxalement toutes les singularités et laisse chacun à l'isolement, sans identité, sinon celle d'être soi-même à la fois une entreprise et la marchandise qu'elle doit produire et vendre sur le marché : ici nul ne reconnaîtra plus ses frères, tous devront universellement se nier.

4 – La tactique consistant à laisser « moisir » une situation de crise, jusqu'à ce qu'elle s'essouffle, est devenue fort courante en ces temps désastreux. Le cynisme de Sarkozy lui est étroitement lié – qu'espère-t-il d'autre en effet que cet essoufflement quand il fait tout pour que les diverses crises existantes restent invisibles aux yeux du plus grand nombre. Les grèves étudiantes actuelles, par exemple, sont confrontées à cette même tactique du pouvoir qui les laisse presque entièrement ignorées du reste de la population.

* Ultra-marins : Habitants de l'outre mer.

1 janvier 2009

Soutien aux inculpés du 11 novembre

    Le 11 novembre dernier, neuf personnes ont été arrêtées à Tarnac, petit village de Corrèze, et mises en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Elles sont accusées, en particulier, d’avoir participé à la destruction de caténaires sur certaines lignes de la SNCF, destructions qui ont provoqué plusieurs retards importants de trains sur ces mêmes lignes.

    Toutefois, lors des perquisitions, la police n’a trouvé aucune preuve, aucun signe tangible qui puisse justifier d’une façon ou d’une autre une telle accusation, et tout tend plutôt à démontrer qu’il s’est agi pour la domination de réaliser un coup de force contre des gens dont l’opposition politique radicale ne fait en effet aucun doute.

    Il faut rappeler ici, afin d’être aussi claire dans notre propos que nous le pouvons, que « radicale » ne signifie nullement « extrême », mais : « ce qui va à la racine des choses ». Or dans le cas qui nous occupe, et qui a trait au petit groupe des inculpés corrézien, la radicalité de sa pensée a bel et bien tout d’une évidence, puisqu’il est patent pour qui a lu ses essais que ceux-ci visent le capitalisme à sa racine, absolument. L’intérêt d’une telle pensée est majeur au moment même où nous assistons à une crise sans précédent de la civilisation du spectacle, d’autant plus que cette « cellule invisible » (comme aime à les nommer la domination) ne se contentait pas de penser et critiquer un capitalisme plus ou moins agonisant : elle en tirait aussi pleinement les conséquences, tant dans son mode de vie (refus du travail salarié, récupération des moyens de production, communauté d’affinités électives etc...) que dans les actions ponctuelles qu’elle peut être amener à faire contre la société du spectacle. Aussi, que les neufs de Tarnac aient ou non participé à la destruction des caténaires de la SNCF nous importe peu, car l’accusation dont il font l’objet – terrorisme – reste quoi qu’il en soit plus qu’excessive. Qu’y-a-t-il de comparable entre ce qui vient par exemple de se passer en Inde, le 11 septembre 2001, et la destruction d’une caténaire, qui, il y a quelques années seulement, aurait encore été classée parmi les actes de délinquance mineure, et que nous pourrions définir quant à nous – et ici pour l’heure nous n’engageons que nous – comme un acte de résistance.

    Il s’agit donc pour nous de ne pas laisser passer cette sorte de « Patrioct’Act » à la française, qui fait de tout acte de délinquance ou de désobéissance un acte terroriste. Il est à noter qu’une telle accusation a permis à la brigade anti-terroriste de maintenir les inculpés en garde à vue pendant 96 heures, et qu’elle permet ensuite de les incarcérer pendant trois à quatre ans avant que n’ait lieu le moindre procès. Des cinq personnes qui avaient été gardés en prison, trois ont été récemment remises en liberté, mais Julien Coupat (bêtement soupçonné d’être le chef de la bande), et son amie Yldun ont été maintenus en détention. A l’heure où nous sommes, les neufs de Tarnac sont de toutes façons toujours mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », et trois d’entre eux n’ont plus le droit de retourner chez eux, ni même de communiquer les uns avec les autres. Nous ne pouvons pas l’accepter, et c’est pourquoi nous avons organisé cette soirée, et aussi pourquoi nous en appelons à la création d’un comité de soutien permanent aux inculpés, à la fin de cette soirée, avec tous ceux qui le voudront bien.

    Le terrorisme n’est pas à Tarnac, il est dans les jeunes et vieilles têtes malades de la domination spectaculaire-marchande.

Comité de soutien à Saint-Etienne

P.S. : Notre comité tient aussi à rappeler combien certains « insurgés », ou non, de 2005, ont été emprisonnés de façon arbitraire, c’est-à-dire sans véritables enquête ou procès. Nous tenons à leur exprimer notre soutien, comme nous souhaitons affirmer ici aussi notre soutien aux « insurgés » grecs.

Pour nous contacter, on peut appeler au : 06-28-97-72-10

ou écrire à cette adresse : comitestephanois@gmail.com

6 novembre 2009

La révolte étudiante en autriche

    La révolte étudiante en Autriche qui a commencé la semaine dernière avec l’occupation de l’Ecole d’art de Vienne et qui s’est diffusée dans tout le pays est entrée le 29 octobre dans son dixième jour.

    Aujourd’hui [1] quatre mille personnes sont descendues dans la rue à Graz, au sud-est de l’Autriche, pour protester contre la dégradation continue de leurs conditions de vie et d’études. Tôt dans l’après-midi, le hall de la faculté des sciences sociales de l’université d’Innsbrück, Etat du Tyrol, a été occupé par des étudiants. Cela signifie que, en ce moment, les salles de lecture et les espaces des principales universités autrichiennes sont occupés par les activistes étudiants. Seule la petite université de Leoben, en Styrie, qui est spécialisée dans les mines, n’est pas atteinte actuellement par la vague de protestation. Le point central de l’agitation des étudiants sont les dégradations liées au processus de Bologne, un programme de la commission européenne dont le but est de libéraliser le système d’enseignement supérieur dans toute l’Europe.

    Dans un mouvement complètement absurde, le gouvernement autrichien a essayé de calmer les protestations mardi en nommant le ministre de la science Johannes Hahn candidat autrichien pour la nouvelle commission européenne, probablement pour un portefeuille lié à la science.

    Mais mercredi 28 octobre, plus de dix mille étudiants manifestaient à Vienne et d’autres villes d’Autriche pour de meilleures conditions dans leurs universités.

    Les militants de l’université de Vienne ont écrit une lettre ouverte au gouvernement, appelant au libre accès à l’enseignement supérieur et à l’augmentation de son financement. Leurs protestations sont une réaction aux plans du ministre des sciences qui veut réintroduire des frais de scolarité et restreindre l’accès aux universités.

    A côté des cinquante mille manifestants [2] qui ont défilé dans la capitale autrichienne, environ cinq cents étudiants ont marché à travers Salzburg. Les universités de Klagenfurt et Linz sont aussi devenues des lieux de protestation.

    Les étudiants occupant la plus grande salle de lecture de l’université de Vienne depuis huit jours ont dit mercredi qu’ils attendaient une rencontre avec le ministre de la science Johannes Hahn.

    "Notre calendrier est flexible, puisque nous ne nous en irons pas", dit la lettre.

    En ce moment, Hahn continue à refuser une rencontre avec les occupants de l’université de Vienne. Aujourd’hui le ministre était seulement prêt à rencontrer Sigrid Maurer, présidente de l’Union des étudiants [3], proche de l’Etat, pour une discussion finalement restée sans résultat.

Traduit de l’anglais par Gachet, HNS-info

Source : Indymédia

Notes
[1] 29 octobre, ndt

[2] selon les organisateurs, dix mille selon la police

[3] Österreichischer Hochschulverband

11 novembre 2013

La gigue à Mitchounano

La gigue à Mitchounano - Paul Piché (1978) : St-Scholastique ou parc Forillon / Fallait partir de bon matin / Pour les touristes ou leurs avions / On est toujours dans l'chemin / Les gens ont perdu leurs maisons / Leurs terre et pis leur pays / Tout ce que j'ai pu faire / C't'une p'tite chanson / Qu'ira pas plus loin qu'ici.

Dans l'nord y a un moulin / Qu'y a empoisonné tous les indiens / Apparemment ça répondait / Vraiment à un besoin / Pis on leu d'mande après ça / De r'garder le bon côté d'la vie / De pu chasser de pu pêcher / D'arrêter d'faire des p'tits / Y aurait ni tête, ni pieds / Pourrait pas travailler / Dans l'pâte et papier.

Va-tu falloir attendre qu'y'aille / Démolir toutes nos maisons / Attendre d'être empilés dans des bâtisses / Faites en carton / Va-tu falloir attendre / D'être rendu fous, d'être affamés / Attendre d'avoir la corde au cou / Les mains ben attachées / Mais on a pas assez eu d'misère / Y nous faudrait l'enfer / Avant d'se révolter, avant d's'organiser.

Pis les étudiants, objectivement / S'inquiètent pour passer le temps / Y gardent la connaissance entre eux / Comme le riche son argent / Ou ben on signe rien qu'une pétition / Mais c'est pas ben ben risqué / Y a pas d'danger qui voyent ton nom / Sur des feuilles tout fripées / C'est l'à qu'on s'cache la face / Pour faire nos grimaces / Sur des bouts d'papier.

On s'est r'gardé à bout portant / L'nombril au premier plan / On sait qu'on est du monde peureux / Avec un bel accent / Mais va-tu falloir attendre / Qu'y viennent nous chercher / Comme des boeufs / Quand on sera rendu rien qu'd'la viande / On sera pas moins nerveux / Mais on a pas assez eu d'misère / Y nous faudrait l'enfer / Avant de se révolter, avant d's'organiser.

29 octobre 2013

Les légumes de Septembre

Artichaut / Aubergine / Bette / Betterave rouge / Brocoli / Carotte / Catalonia / Chou romanesco / Chou blanc / Chou de Bruxelles / Chou frisé / Chou rouge / Chou-chinois / Chou-fleur / Chou-rave / Cima di rapa / Citrouille / Concombre / Courge / Courgette / Céleri / Céleri branche / Épinard / Fenouil / Haricot / Laitue romaine / Maïs / Navet / Oignon / Panais / Petit oignon blanc / Poireau / Poivron / Pomme de terre / Potiron / Pâtisson / Radis / Radis long

3 février 2010

Nouvelle enquête de l'anti-terrorisme autour du CPE

    Une vieille enquête sur des sabotages SNCF pendant le mouvement anti-CPE passe en antiterrorisme ; un réquisitoire vise une personne déjà mise en cause par l’État dans l’affaire de la dépanneuse de police lors des émeutes qui ont suivi les élections présidentielles de mai 2007.

    Fin août 2009, le juge d’instruction antiterroriste Brunaud, qui s’occupe de l’affaire de janvier 2008 (fumigènes, dépanneuse… ; pour rappel, voir Mauvaises_intentions), décide de commencer à clore cette enquête. S’ensuit alors, comme habituellement, une période de quelques mois pendant laquelle les différentes parties (inculpés et procureur) peuvent faire des observations et demander de nouveaux actes d’enquête. Cette période est censée durer trois mois mais, lorsque personne n’est en prison, les juges ne respectent pas les délais.

    Récemment, nous avons appris que le procureur avait demandé un «réquisitoire supplétif». L’enquête est donc toujours ouverte : l’instruction n’a finalement pas été close.

    Ainsi, le 10 décembre 2009, le procureur a demandé à ce que soient effectués de nouveaux actes d’enquête, dont le contenu vient d’être connu. Le procureur met en avant différents éléments.

    En septembre 2009, un rapport indique que l’ADN de Juan (inculpé pour l’histoire de la dépanneuse) aurait été prélevé sur une paire de gants en latex qui aurait été trouvée non loin des lieux d’une tentative d’incendie contre la SNCF, datant du 12 avril 2006, à Paris 19e.

    Le procureur relève contre Juan, et contre «tous autres», des «présomptions graves» de détention et transport d’éléments incendiaires, de tentative de dégradation, de dégradation et d’association de malfaiteurs ; le tout en relation avec une entreprise terroriste.

    Cette enquête sur le 12 avril s’inscrit dans le cadre d’une enquête plus large concernant des dégradations contre la SNCF en bande organisée (concrètement, des incendies sur des installations électriques gérant le trafic des trains). L’enquête comprend différents faits, tous s’inscrivant dans le mouvement anti-CPE :

— Le 29 mars 2006 à Alfortville, Orly, Villemoison-sur-Orge et Champlan ;
— Le 6 avril 2006 à Wissous, Sarcelles, Épinay-sous-Sénart et Bobigny ;
— Le 12 avril 2006 à Paris.

    L’enquête qui regroupe tous ces faits était ouverte depuis 2006. Fin novembre 2009, elle bascule en antiterrorisme, et est donc aujourd’hui gérée par un juge antiterroriste à Paris.

    Mettant en avant ces arguments, le procureur demande au juge de :

— Faire de nouvelles analyses téléphoniques ;
— Comparer les modes opératoires utilisés en mars avril 2006 et celui du 2 mai 2007 (affaire de la dépanneuse de police) ;
— Comparer ces modes de fabrication à ceux décrits dans les livres saisis dans la voiture lors de l’arrestation d’Isa en janvier 2008 ;
— Effectuer des comparaisons ADN concernant Juan ;
— Procéder à des expertises psychiatriques sur Isa, Juan et Damien (les trois personnes déjà accusées pour l’histoire de la dépanneuse).

    Une commission rogatoire est en cours : les flics sont en train d’enquêter. À ce jour, il n’y a pas encore de retour. Plus d’infos bientôt sans doute.

Solidarité !

Source : Indymédia et le jura libertaire

4 décembre 2009

Pourquoi nous cessons de respecter les contrôles judiciaires

L'arrestation de Christophe, le 27 novembre, marque un palier dans la bouffée délirante d'Etat que l'on nomme pudiquement "affaire de Tarnac". Sa mise en examen situe le point où une procédure ne se poursuit qu'afin de se sauver elle-même, où l'on inculpe une personne de plus dans le seul espoir de maintenir le reste des inculpations.

En fait de "premier cercle", Christophe appartient surtout au petit nombre de ceux avec qui nous discutons de notre défense. Le contrôle judiciaire qui voudrait, pour l'avenir, lui interdire de nous voir est l'aberration de trop ; c'est une mesure consciente de désorganisation de la défense, aussi. A ce point de torsion de toutes les notions du droit, qui pourrait encore exiger de nous que nous respections ces contrôles judiciaires et cette procédure démente ? A l'absurde nul n'est tenu. Il n'y a pas besoin de se croire au-dessus de la justice pour constater qu'elle est en dessous de tout. Au reste, une société qui se maintient par des moyens si évidemment criminels n'a de procès à intenter à personne.
La liberté sous contrôle judiciaire est le nom d'une sorte d'expérience mystique que chacun peut se figurer. Imaginez que vous ayez le droit de voir qui vous voulez, sauf ceux que vous aimez, que vous puissiez habiter n'importe où, sauf chez vous, que vous puissiez parler librement, au téléphone ou devant des inconnus, mais que tout ce que vous dites puisse être, un jour ou l'autre, retenu contre vous. Imaginez que vous puissiez faire tout ce que vous voulez, sauf ce qui vous tient à coeur. Un couteau sans manche auquel on a retiré la lame ressemble davantage à un couteau que la liberté sous contrôle judiciaire ne ressemble à la liberté.
Vous flânez sur un boulevard avec trois amis ; sous la plume des flics qui vous filochent, cela se dit : "Les quatre objectifs se déplacent en direction de..." Vous retrouvez après des mois de séparation un être qui vous est cher ; dans le jargon judiciaire, cela devient une "concertation frauduleuse". Vous ne renoncez pas, même dans l'adversité, à ce que toute amitié suppose de fidélité ; c'est évidemment une "association de malfaiteurs".
La police et sa justice n'ont pas leur pareil pour travestir ce qui tombe sous leur regard. Peut-être ne sont-elles finalement que cette entreprise de rendre monstrueux ce qui, aimable ou détestable, se comprend sans peine.
S'il suffit de ne se reconnaître dans aucune des organisations politiques existantes pour être "autonome", alors il faut bien admettre que nous sommes une majorité d'autonomes dans ce pays. S'il suffit de regarder les directions syndicales comme des traîtres avérés à la classe ouvrière pour être d'"ultragauche", alors la base de la CGT est présentement composée d'une série de dangereux noyaux d'ultragauchistes.
Nous désertons. Nous ne pointerons plus et nous comptons bien nous retrouver, comme nous l'avons fait, déjà, pour écrire ce texte. Nous ne chercherons pas à nous cacher. Simplement, nous désertons le juge Fragnoli et les cent petites rumeurs, les mille aigreurs misérables qu'il répand sur notre compte devant tel ou tel journaliste. Nous désertons la sorte de guerre privée dans laquelle la sous-direction antiterroriste voudrait nous engager à force de nous coller aux basques, de "sonoriser" nos appartements, d'épier nos conversations, de fouiller nos poubelles, de retranscrire tout ce que nous avons pu dire à notre famille durant nos parloirs en prison.
S'ils sont fascinés par nous, nous ne sommes pas fascinés par eux - eux que nos enfants appellent désormais, non sans humour, les "voleurs de brosses à dents" parce que, à chaque fois qu'ils déboulent avec leurs 9 mm, ils raflent au passage toutes les brosses à dents pour leurs précieuses expertises ADN. Ils ont besoin de nous pour justifier leur existence et leurs crédits, nous pas. Ils doivent nous constituer, par toutes sortes de surveillances et d'actes de procédure, en groupuscule paranoïaque, nous, nous aspirons à nous dissoudre dans un mouvement de masse, qui, parmi tant d'autres choses, les dissoudra, eux.
Mais ce que nous désertons d'abord, c'est le rôle d'ennemi public, c'est-à-dire, au fond, de victime, que l'on a voulu nous faire jouer. Et, si nous le désertons, c'est pour pouvoir reprendre la lutte. "Il faut substituer au sentiment du gibier traqué l'allant du combattant", disait, dans des circonstances somme toute assez semblables, Georges Guingouin (Résistant communiste).
Partout dans la machine sociale, cela explose à bas bruit, et parfois à si bas bruit que cela prend la forme d'un suicide. Il n'y a pas un secteur de cette machine qui ait été épargné dans les années passées par ce genre d'explosion : agriculture, énergie, transports, école, communications, recherche, université, hôpitaux, psychiatrie. Et chacun de ces craquements ne donne, hélas, rien, sinon un surplus de dépression ou de cynisme vital - choses qui se valent bien, en fin de compte.
Comme le plus grand nombre aujourd'hui, nous sommes déchirés par le paradoxe de la situation : d'un côté, nous ne pouvons pas continuer à vivre comme cela, ni laisser le monde courir à sa perte entre les mains d'une oligarchie d'imbéciles, de l'autre, toute forme de perspective plus désirable que le désastre présent, toute idée de chemin praticable pour échapper à ce désastre se sont dérobées. Et nul ne se révolte sans perspective d'une vie meilleure, hormis quelques âmes sympathiquement désespérées.
L'époque ne manque pas de richesse, c'est plutôt la longueur du souffle qui lui fait défaut. Il nous faut le temps, il nous faut la durée - des menées au long cours. Un des effets principaux de ce qu'on appelle répression, comme du travail salarié d'ailleurs, c'est de nous ôter le temps. Pas seulement en nous ôtant matériellement du temps - le temps passé en prison, le temps passé à chercher à faire sortir ceux qui y sont -, mais aussi et d'abord en imposant sa propre cadence. L'existence de ceux qui font face à la répression, pour eux-mêmes comme pour leur entourage, est perpétuellement obnubilée par des événements immédiats. Tout la ramène au temps court, et à l'actualité. Toute durée se morcelle. Les contrôles judiciaires sont de cette nature, les contrôles judiciaires ont ce genre d'effets. Cela va bien ainsi.
Ce qui nous est arrivé n'était pas centralement destiné à nous neutraliser nous, en tant que groupe, mais bien à impressionner le plus grand nombre ; notamment ceux, nombreux, qui ne parviennent plus à dissimuler tout le mal qu'ils pensent du monde tel qu'il va. On ne nous a pas neutralisés. Mieux, on n'a rien neutralisé du tout en nous utilisant de la sorte.
Et rien ne doit plus nous empêcher de reprendre, et plus largement sans doute, qu'auparavant, notre tâche : réélaborer une perspective capable de nous arracher à l'état d'impuissance collective qui nous frappe tous. Non pas exactement une perspective politique, non pas un programme, mais la possibilité technique, matérielle, d'un chemin praticable vers d'autres rapports au monde, vers d'autres rapports sociaux ; et ce en partant des contraintes existantes, de l'organisation effective de cette société, de ses subjectivités comme de ses infrastructures.
Car c'est seulement à partir d'une connaissance fine des obstacles au bouleversement que nous parviendrons à désencombrer l'horizon. Voilà bien une tâche de longue haleine, et qu'il n'y a pas de sens à mener seuls. Ceci est une invitation.

Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa, Gabrielle, Julien, Manon, Mathieu et Yildune sont les dix personnes mises en examen dans l'affaire dite "de Tarnac".

4 décembre 2009

Pourquoi nous cessons de respecter les contrôles judiciaires

L'arrestation de Christophe, le 27 novembre, marque un palier dans la bouffée délirante d'Etat que l'on nomme pudiquement "affaire de Tarnac". Sa mise en examen situe le point où une procédure ne se poursuit qu'afin de se sauver elle-même, où l'on inculpe une personne de plus dans le seul espoir de maintenir le reste des inculpations.

En fait de "premier cercle", Christophe appartient surtout au petit nombre de ceux avec qui nous discutons de notre défense. Le contrôle judiciaire qui voudrait, pour l'avenir, lui interdire de nous voir est l'aberration de trop ; c'est une mesure consciente de désorganisation de la défense, aussi. A ce point de torsion de toutes les notions du droit, qui pourrait encore exiger de nous que nous respections ces contrôles judiciaires et cette procédure démente ? A l'absurde nul n'est tenu. Il n'y a pas besoin de se croire au-dessus de la justice pour constater qu'elle est en dessous de tout. Au reste, une société qui se maintient par des moyens si évidemment criminels n'a de procès à intenter à personne.
La liberté sous contrôle judiciaire est le nom d'une sorte d'expérience mystique que chacun peut se figurer. Imaginez que vous ayez le droit de voir qui vous voulez, sauf ceux que vous aimez, que vous puissiez habiter n'importe où, sauf chez vous, que vous puissiez parler librement, au téléphone ou devant des inconnus, mais que tout ce que vous dites puisse être, un jour ou l'autre, retenu contre vous. Imaginez que vous puissiez faire tout ce que vous voulez, sauf ce qui vous tient à coeur. Un couteau sans manche auquel on a retiré la lame ressemble davantage à un couteau que la liberté sous contrôle judiciaire ne ressemble à la liberté.
Vous flânez sur un boulevard avec trois amis ; sous la plume des flics qui vous filochent, cela se dit : "Les quatre objectifs se déplacent en direction de..." Vous retrouvez après des mois de séparation un être qui vous est cher ; dans le jargon judiciaire, cela devient une "concertation frauduleuse". Vous ne renoncez pas, même dans l'adversité, à ce que toute amitié suppose de fidélité ; c'est évidemment une "association de malfaiteurs".
La police et sa justice n'ont pas leur pareil pour travestir ce qui tombe sous leur regard. Peut-être ne sont-elles finalement que cette entreprise de rendre monstrueux ce qui, aimable ou détestable, se comprend sans peine.
S'il suffit de ne se reconnaître dans aucune des organisations politiques existantes pour être "autonome", alors il faut bien admettre que nous sommes une majorité d'autonomes dans ce pays. S'il suffit de regarder les directions syndicales comme des traîtres avérés à la classe ouvrière pour être d'"ultragauche", alors la base de la CGT est présentement composée d'une série de dangereux noyaux d'ultragauchistes.
Nous désertons. Nous ne pointerons plus et nous comptons bien nous retrouver, comme nous l'avons fait, déjà, pour écrire ce texte. Nous ne chercherons pas à nous cacher. Simplement, nous désertons le juge Fragnoli et les cent petites rumeurs, les mille aigreurs misérables qu'il répand sur notre compte devant tel ou tel journaliste. Nous désertons la sorte de guerre privée dans laquelle la sous-direction antiterroriste voudrait nous engager à force de nous coller aux basques, de "sonoriser" nos appartements, d'épier nos conversations, de fouiller nos poubelles, de retranscrire tout ce que nous avons pu dire à notre famille durant nos parloirs en prison.
S'ils sont fascinés par nous, nous ne sommes pas fascinés par eux - eux que nos enfants appellent désormais, non sans humour, les "voleurs de brosses à dents" parce que, à chaque fois qu'ils déboulent avec leurs 9 mm, ils raflent au passage toutes les brosses à dents pour leurs précieuses expertises ADN. Ils ont besoin de nous pour justifier leur existence et leurs crédits, nous pas. Ils doivent nous constituer, par toutes sortes de surveillances et d'actes de procédure, en groupuscule paranoïaque, nous, nous aspirons à nous dissoudre dans un mouvement de masse, qui, parmi tant d'autres choses, les dissoudra, eux.
Mais ce que nous désertons d'abord, c'est le rôle d'ennemi public, c'est-à-dire, au fond, de victime, que l'on a voulu nous faire jouer. Et, si nous le désertons, c'est pour pouvoir reprendre la lutte. "Il faut substituer au sentiment du gibier traqué l'allant du combattant", disait, dans des circonstances somme toute assez semblables, Georges Guingouin (Résistant communiste).
Partout dans la machine sociale, cela explose à bas bruit, et parfois à si bas bruit que cela prend la forme d'un suicide. Il n'y a pas un secteur de cette machine qui ait été épargné dans les années passées par ce genre d'explosion : agriculture, énergie, transports, école, communications, recherche, université, hôpitaux, psychiatrie. Et chacun de ces craquements ne donne, hélas, rien, sinon un surplus de dépression ou de cynisme vital - choses qui se valent bien, en fin de compte.
Comme le plus grand nombre aujourd'hui, nous sommes déchirés par le paradoxe de la situation : d'un côté, nous ne pouvons pas continuer à vivre comme cela, ni laisser le monde courir à sa perte entre les mains d'une oligarchie d'imbéciles, de l'autre, toute forme de perspective plus désirable que le désastre présent, toute idée de chemin praticable pour échapper à ce désastre se sont dérobées. Et nul ne se révolte sans perspective d'une vie meilleure, hormis quelques âmes sympathiquement désespérées.
L'époque ne manque pas de richesse, c'est plutôt la longueur du souffle qui lui fait défaut. Il nous faut le temps, il nous faut la durée - des menées au long cours. Un des effets principaux de ce qu'on appelle répression, comme du travail salarié d'ailleurs, c'est de nous ôter le temps. Pas seulement en nous ôtant matériellement du temps - le temps passé en prison, le temps passé à chercher à faire sortir ceux qui y sont -, mais aussi et d'abord en imposant sa propre cadence. L'existence de ceux qui font face à la répression, pour eux-mêmes comme pour leur entourage, est perpétuellement obnubilée par des événements immédiats. Tout la ramène au temps court, et à l'actualité. Toute durée se morcelle. Les contrôles judiciaires sont de cette nature, les contrôles judiciaires ont ce genre d'effets. Cela va bien ainsi.
Ce qui nous est arrivé n'était pas centralement destiné à nous neutraliser nous, en tant que groupe, mais bien à impressionner le plus grand nombre ; notamment ceux, nombreux, qui ne parviennent plus à dissimuler tout le mal qu'ils pensent du monde tel qu'il va. On ne nous a pas neutralisés. Mieux, on n'a rien neutralisé du tout en nous utilisant de la sorte.
Et rien ne doit plus nous empêcher de reprendre, et plus largement sans doute, qu'auparavant, notre tâche : réélaborer une perspective capable de nous arracher à l'état d'impuissance collective qui nous frappe tous. Non pas exactement une perspective politique, non pas un programme, mais la possibilité technique, matérielle, d'un chemin praticable vers d'autres rapports au monde, vers d'autres rapports sociaux ; et ce en partant des contraintes existantes, de l'organisation effective de cette société, de ses subjectivités comme de ses infrastructures.
Car c'est seulement à partir d'une connaissance fine des obstacles au bouleversement que nous parviendrons à désencombrer l'horizon. Voilà bien une tâche de longue haleine, et qu'il n'y a pas de sens à mener seuls. Ceci est une invitation.

Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa, Gabrielle, Julien, Manon, Mathieu et Yildune sont les dix personnes mises en examen dans l'affaire dite "de Tarnac".

12 décembre 2012

De l'insécurité publique (Paul Castella, 2002)

DE L'INSÉCURITÉ PUBLIQUE

ET DE QUELQUES MOYEN D'Y REMÉDIER

Un film de Paul Castella (Traduit en anglais par Jordan, NYC, USA, ICI)

"Face à ces situations, si l'on pense que la guerre est une bonne réponse et qu'il faut augmenter la répression, au risque de susciter des réponses encore plus violentes, il est alors logique d'élire des gens de droite ou d'extrême-droite, dont c'est le rôle politique de défendre l'ordre à tout prix. Avec le fascisme au pouvoir, c'est la violence qui devient l'institution centrale, en balayant la démocratie. Il n'y a plus de sentiment d'insécurité, parce que les individus, privés de leurs droits de citoyens, sont désormais dans l'insécurité totale face à l'État. C'est la terreur qui devient souveraine. La droite classique, en principe, exprime quant à elle le point de vue d'une minorité de possédants pour qui la sécurité provient du travail des autres et l'insécurité des risques que ceux-ci se révoltent..."

18 août 2009

A bas les gens qui bossent

A bas les gens qui bossent - Didier Super (2008) : Qui c'est qui s'lève tôt le matin et qu'empêche les autres de dormir? Les gens qui bossent. Et qui c'est qui se gêne pas pour gueuler quand j'fais des boums? Les gens qui bossent. Ils s'occuperaient d'leurs enfants y'aurait d'jà moins de délinquants, Les gens qui bossent. Ils exploitent la planète, et puis tant pis si ça pète, Les gens qui bossent. / Hooohooo, à bas les gens qui bossent. Hooohooo, c'est que d'la racaille. Hooohooo, à bas les gens qui bossent. Hooohooo, faut les nettoyer au Karsher. / À cause de qui y'a que l'dimanche qu' y'a des bons trucs à la télé? Les gens qui bossent. Qui c'est qui s'dit vivement la retraite mais qui la touchera sûrement jamais? Les gens qui bossent. Qui c'est qu' y'en a marre de payer des allocs aux immigrés? Les gens qui bossent. Et surtout à cause de qui y'a pas d'boulot aujourd'hui? Les gens qui bossent. / Hooohooo, à bas les gens qui bossent. Hooohooo, ils sont égoïstes. Hooohooo, à bas les gens qui bossent. Hooohooo, heureusement y'en a de moins en moins. / Ils ont plus peur de dire tout haut que les chômeurs ils sont feignants, Mais qu'est-ce qu'ils sont contents de pas être à leur place. Et puis tous les matins, ils prennent tous leur bagnole, Et du coup à cause d'eux, y'a la guerre en Irak. / Hooohooo, à bas les gens qui bossent. Hooohooo, ils ont vraiment rien d'autre à foutre. Hooohooo, à bas les gens qui bossent. Hooohooo, franchement y'a pas d'quoi la ramener. / (Y'a combien là? Oh putain les mecs, eh, on a fait deux minutes quinze, et l'format c'est deux trente deux quarante, eh, faut qu'on y r'tourne là, ok? Allez, trois, quatre! ) / Hooohooo, à bas les gens qui bossent! Hooohooo, ils sont pas épanouis! Hooohooo, eh allez on s'lâche! Hooohooo, ils sont pires que les nazis! Hooohooo, à bas les gens qui bossent! Hooohooo, eh, ils sont pires que les nazis, c'est des Américains! Hooo... / (Stop! Stop! Eh, putain eh, stop! Deux minutes cinquante-deux, les mecs. On s'est amusés deux secondes de trop. Putain eh, ils ont intérêt à nous les payer les fils de...).

24 mai 2010

Dans le patio universitaire des lieux communs

Voici un petit essai écrit à l'issue de la grève universitaire de l'année scolaire 2008-2009 :

PDF ici

Ce texte peut-être librement reproduit, partiellement ou en totalité, même sans indication d'origine. La lutte contre la propriété privée, intellectuelle ou autre, est l'une de nos principales forces de frappe contre la domination impériale présente.

Traduction en anglais, par Jordan, NYC, USA, ICI.

Translate in english by Jordan, NYC, USA, HERE.

7 août 2009

Les Canuts

Les Canuts - Aristide Bruand (1894) : Pour chanter "Veni Creator" Il faut avoir chasuble d'or Nous en tissons pour vous gens de l'Eglise Et nous pauvres canuts n'avons pas de chemises. / C'est nous les canuts Nous allons tout nus. / Pour gouverner il faut avoir Manteaux et rubans en sautoir Nous en tissons pour vous grands de la terre Et nous pauvres canuts sans draps on nous enterre. / Mais notre règne arrivera Quand votre règne finira Nous tisserons le linceul du vieux monde Car on entend déjà la révolte qui gronde. / C'est nous les canuts Nous n'irons plus tout nus !

7 août 2009

Elle n'est pas morte

Elle n'est pas morte - Eugène Pottier (1886) : On l'a tuée à coups de chass'pots, A coups de mitrailleuses, Et roulée avec son drapeau Dans la terre argileuse. Et la tourbe des bourreaux gras Se croyait la plus forte. / Tout ça n'empêch' pas, Nicolas, Qu'la Commune n'est pas morte ! / Comme faucheurs rasant un pré, Comme on abat des pommes, Les Versaillais ont massacré Pour le moins cent mille hommes. Et les cent mille assasinats Voyez c'que ça rapporte. / Tout ça n'empêch' pas, Nicolas, Qu'la Commune n'est pas morte ! / On a bien fusillé Varlin, Flourens, Duval, Millière, Ferré, Rigault, Toni Moilin, Gavé le cimetière. On croyait lui couper les bras Et lui vider l'aorte. / Tout ça n'empêch' pas, Nicolas, Qu'la Commune n'est pas morte ! / Ils ont fait acte de bandits Comptant sur le silence, Ach'vé les blessés dans leurs lits, Dans leurs lits d'ambulance. Et le sang inondant les draps Ruisselait sous la porte. / Tout ça n'empêch' pas, Nicolas, Qu'la Commune n'est pas morte ! / Les journalistes policiers Marchands de calomnies, Ont répandu sur nos charniers Leurs flots d'ignominie. Les Maxim' Ducamps, les Dumas, Ont vomi leur eau-forte. / Tout ça n'empêch' pas, Nicolas, Qu'la Commune n'est pas morte ! / C'est la hache de Damoclès Qui plane sur leurs têtes. A l'enterrement de Vallès Ils en étaient tout bêtes. Fait qu'on était un fier tas A lui servir d'escorte ! / Ce qui prouve en tout cas, Nicolas, Qu'la Commune n'est pas morte ! / Bref, tout ça prouve aux combattants Qu'Marianne a la peau brune, Du chien dans l'ventre, et qu'il est temps D'crier "Vive la Commune !" Et ça prouve à tous les Judas Qu'si ça marche de la sorte, Ils sentiront dans peu, nom de dieu ! Qu'la Commune n'est pas morte !

16 mars 2009

Lettre de 8 des 9 inculpés de l’affaire de Tarnac, à leurs juges.

    Voilà quatre mois que le feuilleton médiatico-judiciaire intitulé l’"affaire de Tarnac" ne cesse de ne plus vouloir finir. Julien (Coupat) va-t-il sortir à Noël ? Pour le Nouvel An ? Aura-t-il plus de chance vendredi 13 ? Non, finalement on le gardera encore un peu en prison, enfermé dans son nouveau rôle de chef d’une cellule invisible. Puisqu’il semble que quelques personnes aient encore intérêt à faire perdurer cette mascarade, même au-delà du grotesque, il va nous falloir endosser, encore une fois, le rôle que l’on nous a taillé ("les 9 de Tarnac"), pour un nécessaire éclaircissement collectif. Alors voilà. ...

    Primo. Pendant que des journalistes fouillaient jusque dans nos poubelles, les flics reluquaient jusqu’à l’intérieur de nos rectums. C’est assez désagréable. Depuis des mois vous ouvrez notre courrier, vous écoutez nos téléphones, vous traquez nos amis, vous filmez nos maisons. Vous jouissez de ces moyens. Nous, les neuf, nous les subissons, comme tant d’autres. Atomisés par vos procédures, neuf fois un, alors que vous, vous êtes toute une administration, toute une police et toute la logique d’un monde. Au point où nous en sommes, les dés sont un peu pipés, le bûcher déjà dressé. Aussi, qu’on ne nous demande pas d’être beaux joueurs.

    Deuzio. Bien sûr vous avez besoin d’"individus", constitués en "cellule", appartenant à une "mouvance" d’une fraction de l’échiquier politique. Vous en avez besoin, car c’est votre seule et dernière prise sur toute une part grandissante du monde, irréductible à la société que vous prétendez défendre. Vous avez raison, il se passe quelque chose en France, mais ce n’est certainement pas la renaissance d’une "ultragauche". Nous ne sommes ici que des figures, qu’une cristallisation somme toute plutôt vulgaire d’un conflit qui traverse notre époque. La pointe médiatico-policière d’un affrontement sans merci que mène un ordre qui s’effondre contre tout ce qui prétend pouvoir lui survivre. Il va sans dire qu’à la vue de ce qui se passe en Guadeloupe, en Martinique, dans les banlieues et les universités, chez les vignerons, les pêcheurs, les cheminots et les sans-papiers, il vous faudra bientôt plus de juges que de profs pour contenir tout ça. Vous n’y comprenez rien. Et ne comptez pas sur les fins limiers de la DCRI pour vous expliquer.

    Tertio. Nous constatons qu’il y a plus de joie dans nos amitiés et nos "associations de malfaiteurs" que dans vos bureaux et vos tribunaux.

    Quarto. S’il semble aller de soi pour vous que le sérieux de votre emploi vous amène jusqu’à nous questionner sur nos pensées politiques et sur nos amitiés, nous ne nous sentons pas, quant à nous, le devoir de vous en parler. Aucune vie ne sera jamais absolument transparente aux yeux de l’Etat et de sa justice. Là où vous avez voulu y voir plus clair, il semble plutôt que vous ayez propagé l’opacité. Et l’on nous dit que, désormais, pour ne pas subir votre regard, ils sont toujours plus nombreux ceux qui se rendent à des manifestations sans téléphone portable, qui cryptent les textes qu’ils écrivent, qui font d’habiles détours en rentrant chez eux. Comme on dit : c’est ballot.

    Quinto. Depuis le début de cette "affaire", vous avez semblé vouloir accorder beaucoup d’importance au témoignage d’un mythomane, aussi appelé "sous X". Vous vous obstinez, c’est courageux, à accorder un peu de foi à ce ramassis de mensonges, et à cette pratique qui a fait l’honneur de la France il y a quelques décennies - la délation. C’en serait presque touchant, si ça ne conditionnait pas l’accusation de chef à l’encontre de Julien, et donc son maintien en détention. Si ce genre de « témoignage » ne justifiait pas des arrestations arbitraires – à l’occasion, par exemple, de quelques balles envoyées par la Poste, ou sur la police, dans l’Hérault, ou à Villiers-le-bel.

    Enfin, étant entendu que la marge de liberté qu’il nous reste est désormais fort réduite, que le seul point à partir duquel nous pouvons nous soustraire à votre emprise réside dans les interrogatoires auxquels vous nous soumettez à intervalles réguliers. Que Julien s’est déjà vu refuser quatre demandes de remise en liberté. Qu’il est notre ami. Qu’il n’est rien de plus que ce que nous sommes. Nous décidons qu’à partir de ce jour, dans l’héroïque tradition d’un Bartleby, "nous préférerons ne pas". En gros, nous ne vous dirons plus rien et cela jusqu’à ce que vous le libériez, jusqu’à ce que vous abandonniez la qualification de chef pour lui et de terrorisme pour nous tous. En résumé, jusqu’à ce que vous abandonniez les poursuites.

    Pour tous ceux qui, là où ils sont, se battent et ne se résignent pas. Pour tous ceux que le ressentiment n’étouffe pas et qui font de la joie une question d’offensive. Pour nos amis, nos enfants, nos frères et nos soeurs, les comités de soutien. Pas de peur, pas d’apitoiement. Pas de héros, pas de martyrs. C’est précisément parce que cette affaire n’a jamais été juridique qu’il faut transporter le conflit sur le terrain du politique. Ce que la multiplication des attaques d’un pouvoir toujours plus absurde appelle de notre part, ce n’est rien d’autre que la généralisation de pratiques collectives d’autodéfense partout où cela devient nécessaire.

    Il n’y a pas neuf personnes à sauver mais un ordre à faire tomber.

Aria, Benjamin, Bertrand, Elsa, Gabrielle, Manon, Matthieu, Yldune sont, avec Julien Coupat, mis en examen dans l’"affaire de Tarnac".

(Publié aussi dans le journal Le Monde, du 17 mars).

Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>
Publicité